Les Cressonniers

Par Nico • 23 mai, 2010 • Catégorie: La Librairie

Courage et  savoir-faire

« C’est la famille franco – belge TONNEAU – SAVOURET, qui s’installe en 1916,  au 16, place Hyacinthe DRUJON. Cette famille, qui a déjà tenu, depuis 1896, la cressonnière de DUGNY , a acheté en 1910, à l’autre bout du « Vieux – Pays », une cressonnière et des terres pour le maraîchage.
La création des cressonnières industrielles remonte aux premières décennies du XIX ème siècle et celle-ci est alors en friche. Elle sera déjà remise en état quand la première guerre éclatera et ne tardera pas à s’agrandir. C’est un outil de travail incomparable, alimenté par les eaux à température constante de la nappe du Soissonnais. L’eau n’y gèle jamais.
Dans les années trente, ce sera la plus belle cressonnière de la région avec ses 100 fossés. Quant à la ferme, elle deviendra, dès 1920, une exploitation de type maraîcher dont l’activité balance, selon la saison, entre la culture des légumes et celle du cresson.

Cressonnière à Goussainville 1937
Cressonnière à Goussainville 1937

En médaillon, les rénovateurs de la cressonnière : à droite, François Tonneau (Ellezelles 1866 – Goussainville 1935), à gauche, Emile Savouret (Dugny 1884 – Goussainville 1936). Au premier plan, « coupeurs » en action sur leurs « planches », ramasseuses de bottes et leurs brouettes. A l’arrière-plan, figurants armés de « schuëls ».

Il faut alors un savoir faire et un courage bien particuliers. Le métier est très dur. Il exige une résistance peu courante pour couper par tous les temps à genoux sur la planche, pour curer les fossés entre deux campagnes, de la « tête » au « pied », pour schuëller quand le gel menace et qu’il faut rabattre les tiges vertes dans l’eau pour qu’elles ne gèlent pas à l’air libre, pour parer les paniers, pour veiller à la maturation de la graine, à sa récolte, à sa conservation, pour semer à la volée graines ou poudrette dans les fossés. Les semis débutaient le cycle du cresson, en juillet. On coupait les bottes de cresson, à partir d’Octobre, en prenant appui les genoux  sur une planche posée entre deux ados. La botte avait la largeur de la main et était maintenue par une tige d’osier souple. Elle était jetée sur un des ados, où on la ramassait pour la mettre en panier. Le panier, une fois plein, était paré avec une couronne en paille de seigle. Le cycle se terminait le 1er mai de l’année suivante par une petite fête au cours de laquelle le plus agile allait «planter le mai » au pignon de la grange.

Tout cela se fait en famille et la production est énorme. Il n’est pas rare qu’en une journée, on fasse jusqu’à vingt paniers de 200 bottes. La récolte de la journée part, de nuit, vers les halles de PARIS, au pied de l’église St Eustache. Sur place, c’est un mandataire qui assure la vente. Les légumes, également produits en abondance, prennent le même chemin. Ce sera Marthe SAVOURET, la « patronne » du moment, qui en assurera elle – même la vente, sur le « carreau ». Encore un sport nocturne qui ne sera pas de tout repos et auquel les adultes associeront volontiers les enfants dès qu’ils sauront « compter de tête » … histoire de préparer la relève.

Peu avant la seconde guerre mondiale, s’amorce le déclin de l’entreprise avec la mort des grands anciens, la dispersion de la famille et la perte de son statut patriarcal. Malgré la relève qui est assurée par les femmes pendant la longue captivité dans un stalag du dernier patron, le courage et le savoir-faire des ouvriers, l’activité ne sera plus, après la guerre, ce qu’elle était auparavant.. En 1967, le décès de Maurice SAVOURET, le dernier cressonnier des lieux, entraîne l’arrêt définitif de l’exploitation. L’aéroport de Roissy est alors en construction.

Encore un petit mot, avant de clore ce chapitre, pour dire l’extrême convivialité qui régnait chez les cressonniers. C’est dans les années trente que Marthe SAVOURET fait construire la maison du 14, place Hyacinthe DRUJON. Elle en a conçu le plan et surveillé les travaux. Elle y développe ensuite un art de vivre généreux, tenant table et cave ouvertes pour le visiteur, perpétuant l’esprit de famille, hébergeant pendant la guerre réfractaires au S.T.O. et amie juive, dictant en 1945 la conduite humaine à tenir avec les prisonniers de guerre échoués à la cressonnière.

Espérons que «GOUSSAINLIVRES» rendra à cette vénérable demeure, la vocation de lieu d’accueil et de convivialité qu’elle eut pendant plus d’un demi – siècle » (NOTE).

Goussainville – avril 1937 :  Les cressonniers.
Goussainville – avril 1937 : Les cressonniers.
Un camion Unic chargé de paniers « parés » avec des liens de seigle, prêts pour l’expédition. Au premier plan, à gauche, Marthe Savouret ; à droite, son fils, Maurice Savouret, le dernier cressonnier de Goussainville.

L’histoire du Vieux Pays de Goussainville et des murs qui abritent la librairie, de même que pour les autres communes riveraines, est liée, depuis la mise en service de l’aéroport de Roissy, à celle de cette grosse machine qui, certes, permet l’essor économique de la région, mais est aussi source de nuisance. Entre les deux, l’équilibre est parfois difficile à trouver.

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Nico , libraire à Goussainlivres
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